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La face cachée de la filière thé

Derrière des arômes délicats et un marketing souvent axé sur la santé et le bien-être, la face cachée de la filière laisse un goût amer
Le sujet a fait l'objet d'une étude approfondie effectuée par le collectif Commerce équitable de France et a abouti à la création d'une exposition co-éditée par Artisans du Monde en avril 2025 dans le cadre du programme Solidari'thé.

Nous allons en faire l'écho ici.

Une filière inéquitable, opaque, et complexe

Les théiers poussent dans environ 50 pays. Les principaux producteurs sont la Chine, l’Inde, le Kenya et le Sri Lanka.

1. La Chine, berceau historique du thé et premier producteur mondial.
2. L’Inde sur les contreforts de l’Himalaya, dans les régions d’Assam et de Darjeeling.
3. Le Kenya, leader africain depuis que la culture du thé a été introduite  par l’Empire colonial britannique
4. Le Sri Lanka, dont les hautes terres offrent des conditions idéales pour produire des thés noirs de qualité, largement exportés à travers le monde.


Le thé est la 2ème boisson la plus consommée après l'eau et fait partie du quotidien de 2 français(es) sur 3. La France représente d’ailleurs le 3ème marché en Europe après le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Le thé a, sans conteste, un rôle culturel : il est symbole de partage et de convivialité, fait partie intégrante de nombreux rituels (ex. Asie, Monde arabe) et véhicule des valeurs culturelles profondes.

Derrière chaque tasse, pourtant, se cachent des histoires méconnues, parfois difficiles à imaginer : celles des productrices et producteurs qui, trop souvent, peinent à vivre dignement de leur travail.

Des conditions de travail désastreuses

Au quotidien, les modes de production, dans de grandes plantations de plus en plus mécanisées ou dans des petites exploitations familiales où la cueillette s'effectue manuellement en majorité par des femmes, sont la cause d'une grande précarité.

Au niveau mondial, les 13 millions de travailleur·euses et de petit·es producteur·rices impliqué·es dans la production de la feuille de thé fraîche vivent en grande majorité sous le seuil de pauvreté. 

En Inde, dans l’état d’Assam, le salaire d’une cueilleuse de thé est d’environ 2€ par jour. Pourtant le salaire moyen indien est d’environ 12 € et le salaire minimum régional réglementaire autour de 6,80€ / jour (RFI, 2020).

Au Sri Lanka, d’après une enquête menée par Ingénieurs Sans Frontières en 2019, une cueilleuse gagne généralement 3,5€ par jour à condition d’avoir cueilli 18 kg de feuilles de thé minimum. A noter, il faut 5 à 7 kilos de feuilles fraîches pour produire 1 kilo de thé transformé. 

Les droits humains ne sont généralement pas respectés
  • Logements insalubres,
  • discrimination et exclusion sociale, en particulier dans les grandes plantations où les inégalités de genre sont  exacerbées
  • harcèlement sexuel,
  • salaires inégaux,
  • absence de recours contre les contremaîtres,
  • exclusion des décisions, etc.

Depuis 2017 en Inde (Assam et Darjeeling), puis au Sri Lanka, des syndicats organisés luttent pour défendre les droits des cueilleuses mais les promesses gouvernementales sont peu suivies d'effet.

  Défis climatiques

La culture du thé est fragilisée par les changements des températures et des régimes de pluie.

La multiplication des inondations ou encore l’allongement des périodes de sécheresse dus au réchauffement climatique affectent les rendements et la qualité du thé.  

Les sols s'appauvrissent et ne retiennent plus l'eau qui érode les berges et détruit les plantations, les maladies se développent et les nuisibles prolifèrent.

D'ici 2050, la production en Chine risque de diminuer de 5 %, celle du Sri Lanka de 14 % et celle du Kenya de 25 %. 

Un prix subordonné au système des enchères

Il n’existe pas de prix fixe du thé. En effet, environ 70% du thé est vendu aux enchères (Tero, 2022). 

Les trois principales places aux enchères se trouvent à Mombasa au Kenya, Calcutta en Inde et Colombo au Sri Lanka. 

Ce système d’enchères entraîne de très grandes fluctuations sur les prix, qui ne reflètent pas les coûts de production réels des producteur·ices, qui perdent tout pouvoir de négociation.

Les enchères sont dominées par quelques gros traders ou courtiers qui évaluent la qualité et jouent de leur influence pour baisser les prix au minimum. Ainsi, la filière thé se caractérise par une grande opacité. 

Il est évident aussi que le prix de la feuille fraîche de thé payée aux petit·es producteur·rices ou aux cueilleur·ses n’est pas suffisant, aujourd'hui et probablement pas dans un proche avenir, ni pour vivre dignement ni pour investir dans des systèmes de production pérennes qui permettent d’être indépendants face aux acteurs de l’amont (industriels, négociants, etc.).

En France, 85 % du thé est acheté en grandes et moyennes surfaces, sous forme de sachets conditionnés. Ces produits proviennent en majorité d’Allemagne, de Belgique et de Pologne, pays qui jouent un rôle de plates-formes logistiques clés dans la chaîne de valeur du thé en Europe.

Cela illustre la complexité du circuit de commercialisation, dans lequel de nombreux intermédiaires captent une large part de la valeur ajoutée, souvent au détriment des pays producteurs.

Le commerce équitable :
véritable levier face aux inégalités du thé 

Le commerce équitable est une alternative qui permet un meilleur partage de la valeur ajoutée des produits et vise l’équilibre des relations entre organisations productrices et acheteuses

Artisans du Monde, les Jardins de Gaïa, Guayapi, ou d’autres encore commercialisent directement le thé acheté à des organisations de producteurs et productrices de l’agriculture familiale et paysanne. 

Le prix équitable est construit loin des salles des enchères, sur la base d’un échange transparent entre l’organisation qui achète et l’organisation productrice, à partir de l’analyse des coûts de production.

Indépendant des estimations des courtiers, le prix ne fluctue pas, il est discuté et accepté entre les parties prenantes de l’échange.

En complément, la prime de commerce équitable, montant supplémentaire payé par l’acheteur, permet de financer différents projets pour l’amélioration des conditions socio-économiques des communautés. 

Un thé de qualité, sans exploitation ni violence, c’est un droit pour toutes et tous

Les critères des labels de commerce équitable prévoient une organisation du travail précise, respectant les conventions fondamentales de l’Organisation internationale du travail.  

Les avantages sociaux fournis par les organisations productrices équitables, telles la SOFA (Small Organic Farmer’s Association) et MOPA au Sri Lanka, apportent du bien-être aux paysan.nes.

La SOFA regroupe 3800 paysan·nes possédant des terres de 0,8 à 2,5 hectares. En plus du thé, ces familles diversifient leurs cultures (poivre, épices) jusqu’à produire des cultures vivrières (fruits et légumes).  

Des projets collectifs choisis démocratiquement sont financés et mis en place, améliorant les conditions de vie des paysan.nes et de leur famille, tels que :

  • rénovation et construction de logements,
  • bourses éducatives,
  • assistance médicale dans chaque village,
  • distribution de matériel de sécurité,
  • formations aux nouvelles techniques agricoles,
  • approvisionnement en eau potable, etc.
Faire bouger les lignes ...

Chacun·e a un rôle à jouer, tant les entreprises et distributeurs, les pouvoirs publics, que nous, consommateurs et consommatricesnos choix comptent.

En achetant équitable, nous soutenons un modèle plus juste et participons au changement.

Informer, sensibiliser, partager, c’est faire grandir les valeurs du commerce équitable. 

Sources :

https://exposolidarithe.artisansdumonde ;

webinaire ADM du 22 avril 2025 sur la filière thé ;

programme Solidari'thé

Crédit photos : banque d’images libres de droits Px Here ; ©MRémond
 

 

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